Butch (Audrey)

A celle que j’étais avant d’être butch
Quand gt qu’un bout d’chou g dû trop souvent botter en touche dans le match contre les machos
J’avais ni les armes ni les mots Seulement les larmes…

Dans leurs bouches d’égout, j’n’étais qu’une fille, une chieuse, une pleureuse malheureuse ! une bonne à rien, une moins que rien ! on m’donnait la plus petite part à table, la dernière place dans l’bus et fallait que j’sois aimable limite que j’les suce !
Très vite garçon manqué dans toutes les bouches, douche froide, l’insulte qui fait mouche, louche tant il a été martelé, identité morcelée…
Terre aride, pas méritée / Pleine de failles à exploiter
Une secousse qui me pousse vers moi-même…
Inadaptée, tentant tant bien que mal de faire ce qu’on attend de moi
Plus j’grandis, plus j’m’affirme réfractaire à leurs normes en tous genres, refusant de mettre mes formes en valeur, de m’disputer les faveurs masculines avec mes copines, d’y perdre mon âme
J’suis pas une femme, pas d’celles que tu méprises et utilise à ta guise…

Mon cœur tremble, une secousse qui me pousse vers moi-même …
Ado, fallait faire partie d’celles qui s’respectaient
D’après mes potes, y avait les putes et les autres
Qui se disputent la vertu / discutent de bouts d’chiffon
Trop à l’étroit, g dû tracer une autre voie, l’abstinence comme seule option, les jeux d’ séduc c’était vraiment pas mon truc
Ne pouvant devenir lesbienne, ne sachant même pas que ça existe…
G longtemps été lesbophobe et sexiste
Pour être moi-même sans avoir honte, il m’aura fallu des années dans l’milieu féministe
Tellement ça ne poussait pas dans l’ champ des possibles, ô lesbienne invisible !
Comme beaucoup, g pensé « les étiquettes c mal » sauf qu’on nous demande pas notre avis quand on nous les colle !
Tapie dans l’ombre, muett’ comme une tombe
Par peur de blesser
Le temps est passé, les mots se pressaient, en nombre
g troqué mon silence et mon apparente indifférence, mes premières armes contre le slam, vent de liberté qui a chassé les larmes

Puis g déchanté quand g constaté que cet art était –comme le reste de la société- corrompu par les hétéros dans leurs rôles figés…
Finalement, ça m’a poussé à affirmer mon identité de lesbienne, puis de butch, une identité pleine !
Loin des secousses identitaires /A peine trentenaire
Je n’mank plus de rien, j’veux vivre sans qu’on m’attribue un genre qui n’est pas le mien
Désormais fière d’être une butch, avec une fém qui m’embrasse à pleine bouche !
G passé trop de temps à décrire ce que je n’étais pas. Le temps est venu de dire qui je suis… de visibiliser cette identité semi-choisie.
D’apparence « masculine », on m’appelle souvent monsieur quand on ne me connaît pas puis on se ravise parfois quand on entend ma voix.
Et non, j’me prend pas pour un bonhomme ! de quoi ont-il si peur ? que j’sois pas leur bonne ou que j’sorte avec leur sœur ?
N’en déplaise à mes détracteurs, j’aime braver l’danger, g besoin d’bouger.
Avec mes potesButch en soirée on fait des concours de pompes, même bourrées !
Par contre avant d’aller à une fête, j’mets une heure à m’préparer, les vêtements sont importants dans mon identité, et puis j’avoue, g 15 paires de baskets !
G l’air sûre de moi mais dans mon cœur c’est la tempête, très sensible, c mon côté gaufrette !
Tendre et attentionnée pour celles que j’aime, à fleur de peau, fleur bleue, le cœur gros, mes yeux, mes poèmes le disent mieux que de s mots.

Je sais qu’ils paniquent quand j’prend ma place dans l’espace public, j’pense à moi avant la nation, j’ tiens tête aux misos qui m’isolent ou veulent me mettre la camisole, j’prends certains d’leurs privilèges sans tomber dans l’piège de l a domination !
Rien à faire de leurs claques dans l’dos, j’ferais jamais partie des leurs, j’irais pas « pécho » une sœur ni lui mettre un coup dans l’dos !
Ni complicité ni complaisance
Ni solidarité masculine
Ne te fie pas aux apparences
C’est aux gouines que j’accorde ma confiance
Non je n’trouve pas qu’elles soient bonnes, vermine
Tu parle de mes frangines, des courbes qu’elles dessinent. A cet instant, ma haine culmine.

J’veux pas devenir esclave ni maîtresse, ni mettre de femme en laisse ni les traiter de trav’ ni leur mettre de mains aux fesses ni les faire tourner dans la cave
J’pratique la solidarité féminine, sororité féministe, amitié mutine, sans pitié pour les sexistes !

Audrey

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Une réflexion sur “Butch (Audrey)

  1. Ne te fie pas aux apparences, hier soir j’étais sur la place, je cultive le souvenir, je cultive le masque…Y a pas mort d’homme, trésor, trésor, tout n’est que reconnaissance, je te laisserai la vue sur cour, viens je suis pire que sans joie, escale-toi à Poitiers-plage, bouscule tes balances, j’te mettrai l’bon son sur la platine si tu me donnes ton la… big up pour vous les fondeuzes de slam, au top à cineffable les filles!

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